Blog · Guide · Insee

Filosofi : revenus, niveau de vie et pauvreté, le mode d'emploi

Filosofi est la source de l'Insee sur les revenus des ménages à l'échelle locale : niveau de vie médian, déciles, taux de pauvreté, jusqu'à la commune. Ses chiffres viennent de fichiers fiscaux et sociaux, et leurs définitions décident de ce qu'on peut en dire. Le millésime 2023 inaugure de plus une nouvelle version du dispositif, qui ne se compare pas aux précédentes.

Publié le 21 octobre 2026 · 9 min de lecture

Des fichiers fiscaux et sociaux rapprochés

Le Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) ne repose sur aucune enquête : il rapproche des fichiers administratifs. Du côté fiscal, la DGFiP fournit les déclarations de revenus, le fichier d'imposition des personnes et, depuis la refonte, le fichier « Gérer mes biens immobiliers » (GMBI), où les propriétaires déclarent l'occupation de leurs logements : c'est lui qui relie chaque personne à son logement. Du côté social, la Cnaf, la Cnav, la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole et le service de l'allocation de solidarité aux personnes âgées (Saspa) fournissent les prestations réellement versées.

Le champ est celui des personnes présentes sur une déclaration de revenus et vivant dans un logement ordinaire. Les personnes en structure collective (maisons de retraite, foyers, cités universitaires, prisons…) et les sans-domicile n'y figurent pas ; un ménage fiscal de plus de quinze personnes est traité comme une structure collective et écarté. Les statistiques sont diffusées pour la France métropolitaine et La Réunion : en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique et à Mayotte, la qualité d'appariement des fichiers fiscaux ne permet pas de reconstituer les ménages.

  • Pour un chiffre national, préférez l'ERFS. L'Insee le rappelle : au niveau national, l'enquête Revenus fiscaux et sociaux reste la source de référence sur les inégalités de niveau de vie et la pauvreté. Filosofi sert à descendre à l'échelle locale.
  • Les aides locales n'y sont pas. Les prestations extra-légales, versées par les mairies, les départements ou les associations, ne sont pas comptées.

Du revenu disponible au niveau de vie

L'unité de base est le ménage fiscal : l'ensemble des foyers fiscaux d'un même logement. Un couple non marié qui fait deux déclarations forme ainsi un seul ménage fiscal. Son revenu disponible, ce qu'il a pour consommer et épargner, additionne le revenu initial (revenus d'activité, indemnités de chômage, retraites et pensions, revenus du patrimoine) et les prestations sociales (prestations familiales, minima sociaux, aides au logement), puis retranche les impôts directs : impôt sur le revenu, CSG, CRDS, prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine et prélèvement libératoire. Les revenus financiers qui n'ont pas à être déclarés, comme ceux des livrets exonérés ou de l'assurance-vie, sont imputés à partir de l'enquête Patrimoine.

Le niveau de vie est ce revenu disponible divisé par le nombre d'unités de consommation (UC) du ménage fiscal, pour tenir compte des économies d'échelle de la vie commune. L'échelle est celle de l'OCDE : 1 UC pour le premier adulte, 0,5 pour chaque autre personne de 14 ans ou plus, 0,3 pour chaque enfant de moins de 14 ans. Filosofi y ajoute 0,5 UC pour chaque personne bilocalisée, rattachée au ménage fiscal mais disposant d'un logement autonome, comme un étudiant parti de chez ses parents : un ménage réparti sur deux logements fait moins d'économies d'échelle.

Toutes les personnes d'un même ménage fiscal ont le même niveau de vie, y compris celles qui vivent ailleurs : l'Insee suppose qu'elles mettent leurs ressources en commun. Depuis la refonte, chacune est en revanche comptée là où elle vit, et non plus au logement de son foyer fiscal.

  • Ne confondez pas revenu du ménage et niveau de vie. Un couple avec deux enfants de moins de 14 ans compte 1 + 0,5 + 0,3 + 0,3 = 2,1 UC : son niveau de vie est son revenu disponible divisé par 2,1, pas par 4, et pas le revenu du ménage lui-même. C'est un montant par an et par unité de consommation.

Ce que Filosofi ne compte pas

Plusieurs éléments restent hors du revenu disponible. La taxe foncière et l'impôt sur la fortune immobilière n'en sont pas déduits. Les plus-values et les revenus exceptionnels n'entrent pas dans le revenu initial. Parmi les prestations, le complément de libre choix du mode de garde et le contrat d'engagement jeune ne sont pas pris en compte. Les transferts entre ménages non déclarés au fisc, et les aides locales, parfois en nature comme les transports gratuits, échappent aussi au calcul.

Filosofi mesure des revenus : un patrimoine n'y entre que par ce qu'il rapporte (loyers, intérêts, dividendes), jamais par sa valeur. Enfin, les ménages dont le revenu disponible est négatif, surtout des indépendants et des agriculteurs qui déclarent un déficit, sont écartés du calcul des indicateurs.

  • Prudence en bas de l'échelle. Pour les plus modestes, l'Insee recommande de manier revenu disponible et niveau de vie avec précaution, faute des transferts privés et des aides locales qui améliorent leur situation.
  • Prudence aux frontières. Les revenus de source étrangère exonérés en France peuvent manquer dans les déclarations : dans certaines zones frontalières, le 1er décile de niveau de vie peut paraître nul ou très faible sans que la population y soit particulièrement défavorisée.

Médiane, déciles, Gini, taux de pauvreté

La médiane du niveau de vie partage la population en deux moitiés. Les déciles la partagent en dix : le 1er décile (D1) est le niveau de vie sous lequel vivent les 10 % les plus modestes, le 9e (D9) celui au-dessus duquel vivent les 10 % les plus aisés. Leur rapport, le rapport interdécile D9/D1, mesure l'écart entre le haut et le bas de la distribution sans tenir compte des extrêmes. L'indice de Gini résume toute la distribution, de 0 (tous ont le même niveau de vie) à 1 (une seule personne a tout).

Le taux de pauvreté au seuil de 60 % est la part de la population dont le niveau de vie est inférieur à 60 % du niveau de vie médian calculé sur la France métropolitaine. Le seuil est donc le même pour tous les territoires : le taux d'une commune ne se mesure pas par rapport à la médiane de ses habitants, mais par rapport à celle du pays. Filosofi publie aussi des taux aux seuils de 50 % et de 40 %.

  • Un taux ne dit pas la profondeur de la pauvreté. L'Insee le souligne : un taux de pauvreté de 10 % peut correspondre à 10 % de personnes sans aucun revenu comme à 10 % de personnes juste sous le seuil. L'intensité de la pauvreté mesure cet écart.

Mailles et secret statistique

Pour le millésime 2023, la diffusion est plus restreinte que par le passé. Jusqu'au département, tous les indicateurs de structure, de distribution et de pauvreté sont publiés. En dessous, dans les communes notamment, seuls deux le sont : la médiane du niveau de vie et le taux de pauvreté. Aucun chiffre n'est diffusé à l'échelle infracommunale (Iris, quartiers prioritaires, carreaux).

Les données sont soumises au secret statistique et fiscal. Les seuils de diffusion se fondent sur la population fiscale de la zone : rien n'est publié sous 100 personnes ; à partir de 100, seule la médiane du niveau de vie ; les autres indicateurs à partir de 2 000 personnes. Le taux de pauvreté exige en outre au moins 11 ménages pauvres et 11 ménages non pauvres. Les montants en euros sont arrondis à la dizaine, l'indice de Gini au millième, et un taux de pauvreté compris entre 0 et 3 % ou entre 97 et 100 % est publié à 3 % ou à 97 %. Le billet sur le secret statistique montre ce que ces règles laissent de côté.

  • Une case vide n'est pas un zéro. Une commune sans médiane est trop petite, couverte par le secret ou sans valeur publiée : ce n'est pas une commune sans revenu. Ne la remplacez ni par zéro ni par la valeur de ses voisines.
  • Les communes publiées ne sont pas représentatives. Le taux de pauvreté communal n'existe que pour les communes assez peuplées : une moyenne calculée sur elles décrit ces communes-là, pas les petites communes rurales.

La refonte de 2023 : une rupture de série

Jusqu'en 2021, Filosofi retrouvait le logement de chaque ménage grâce à la taxe d'habitation. Sa suppression sur les résidences principales a obligé l'Insee à refaire le dispositif à partir du fichier GMBI : c'est Filosofi 2, en service à partir du millésime 2023. Le millésime 2022 n'a pas pu être produit, la qualité des sources fiscales étant insuffisante. La refonte a aussi changé la méthode : localisation des personnes à leur lieu de vie, majoration des unités de consommation pour les personnes bilocalisées, calcul de la CSG et de la CRDS sur les revenus individuels, minimum vieillesse connu par le Saspa au lieu d'être imputé, nouveau traitement des décès, des structures collectives et des enfants en résidence alternée.

Pour certains territoires, une part importante de la population n'a pas pu être rattachée à un logement et n'est donc pas couverte ; c'est l'une des raisons de la diffusion restreinte de 2023.

  • Ne comparez pas 2023 aux millésimes antérieurs. L'Insee proscrit toute analyse d'évolution qui comparerait Filosofi (millésimes 2012 à 2021) et Filosofi 2. Même à l'intérieur d'un dispositif, il recommande d'éviter autant que possible les comparaisons dans le temps, surtout pour les petites zones.

Les erreurs à éviter

  • Faire la moyenne des médianes. La médiane d'un groupe de communes n'est ni la moyenne ni la somme de leurs médianes : rien ne garantit que la moitié des habitants d'un département vive sous la moyenne des médianes de ses communes. Utilisez la médiane publiée pour le territoire qui vous intéresse.
  • Comparer à un millésime antérieur. Un écart entre 2021 et 2023 mêle l'évolution des revenus et le changement de méthode, que rien ne permet de séparer.
  • Confondre revenu du ménage et niveau de vie. Le niveau de vie est un revenu par unité de consommation, partagé par toutes les personnes du ménage fiscal : il ne se compare pas à un salaire ou au revenu d'un foyer.
  • Lire un taux de pauvreté local comme un écart à la médiane locale. Le seuil est celui de la France métropolitaine, pour tous les territoires.

Ce que Prisme en tire

Prisme charge Filosofi en géographie de référence et garde la trace des valeurs couvertes par le secret, qui ne sont jamais remplacées. Les indicateurs ont chacun leur page, par exemple le niveau de vie médian et le taux de pauvreté. Deux analyses s'en servent : celle sur les inégalités de niveau de vie entre départements, qui décompose le rapport D9/D1 entre le haut et le bas de l'échelle, et celle qui compte combien d'années de revenu il faut pour s'offrir 50 m².

Pour aller plus loin, la documentation de l'Insee : Sources et méthodes de Filosofi 2, la note d'accompagnement du millésime 2023 et les règles de confidentialité.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Filosofi ?

Le Fichier localisé social et fiscal de l'Insee : il rapproche les déclarations de revenus et les fichiers des prestations sociales pour mesurer revenus, niveau de vie et pauvreté à l'échelle locale, en France métropolitaine et à La Réunion. Au niveau national, l'enquête Revenus fiscaux et sociaux reste la référence.

Comment calcule‑t‑on le niveau de vie ?

On divise le revenu disponible du ménage fiscal, après prestations sociales et impôts directs, par son nombre d'unités de consommation : 1 pour le premier adulte, 0,5 pour chaque autre personne de 14 ans ou plus, 0,3 pour chaque enfant de moins de 14 ans, et 0,5 de plus par personne qui dispose d'un logement autonome.

Peut-on comparer Filosofi 2023 aux années précédentes ?

Non. Le dispositif a été refondu après la suppression de la taxe d'habitation sur les résidences principales, le millésime 2022 n'a pas été produit, et l'Insee proscrit toute comparaison d'évolution entre l'ancien Filosofi et Filosofi 2.