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Secret statistique : pourquoi certaines données manquent, et quoi en faire

Dans les tableaux publics, beaucoup de cases sont vides. Ce n'est presque jamais un oubli, et ce n'est jamais un zéro : la statistique publique ne diffuse pas ce qui permettrait de reconnaître une personne, ni ce qui repose sur trop peu d'observations pour être fiable. Ignorer ces vides fausse une moyenne, une carte ou un classement sans prévenir.

Publié le 21 octobre 2026 · 6 min de lecture

Niveau de vie médian88 %des communes (98 % des habitants), 2023
Taux de pauvreté15 %des communes (76 % des habitants), 2023
Prix médian au m² des maisons16 %des communes (73 % des habitants), 2025

Ce que dit le secret statistique

En France, la loi du 7 juin 1951 sur l'obligation, la coordination et le secret en matière de statistiques interdit de diffuser une information qui permettrait d'identifier une personne, un ménage ou une entreprise à partir des données collectées. Les producteurs publics appliquent des règles de diffusion : une statistique n'est publiée que si elle repose sur assez d'unités, et certaines cases voisines sont aussi masquées pour qu'on ne puisse pas retrouver une valeur cachée par soustraction (on parle de secret secondaire). Eurostat applique le même principe et signale une valeur confidentielle par le drapeau « c ».

Trois raisons pour une case vide

Masquée : la valeur existe, mais sa diffusion permettrait de reconnaître quelqu'un. Absente : elle n'a pas été produite, pour ce territoire ou cette année (une série qui commence plus tard, un territoire hors du champ d'une source, comme l'Alsace-Moselle pour DVF). Trop peu d'observations : la valeur pourrait être calculée, mais elle serait trop instable pour avoir un sens, comme un prix médian établi sur quelques ventes ; Prisme n'en publie aucun en dessous de 20 ventes dans l'année. Les trois cas n'appellent pas la même lecture, et aucun ne vaut zéro.

Ce que cela change, commune par commune

Sur les 34 858 communes, le niveau de vie médian est publié pour 30 794 d'entre elles (88 %), le taux de pauvreté pour 5 242 seulement (15 %), et le prix médian des appartements pour 1 748 (5 %). Rapportées à la population, ces parts remontent (98 %, 76 % et 54 %) : les communes peuplées sont presque toujours couvertes, les petites rarement. Une carte communale du taux de pauvreté est donc d'abord une carte des communes assez grandes pour qu'il soit publié.

Part des communes et des habitants pour lesquels chaque indicateur est publié

Insee, Filosofi et populations de référence ; DGFiP, DVF · Licence Ouverte 2.0 · dernière année disponible pour chaque indicateur

Données de la figure
IndicateurAnnéeCommunesPart des communesPart des habitantsCause d'une case vide
Niveau de vie médian202330 79488 %98 %secret statistique (Filosofi)
Taux de pauvreté20235 24215 %76 %secret statistique et fiabilité (Filosofi)
Prix médian au m² des maisons20255 46416 %73 %trop peu de ventes (DVF)
Prix médian au m² des appartements20251 7485 %54 %trop peu de ventes (DVF)

Les quatre erreurs à éviter

Remplacer le vide par zéro : un taux de pauvreté nul est invraisemblable ; le mettre à la place d'une valeur masquée fabrique des communes idéales. Faire la moyenne de ce qui reste : les communes couvertes ne sont pas un échantillon au hasard, elles sont plus peuplées ; leur moyenne ne représente pas le département. Reconstituer par soustraction : déduire une case masquée d'un total et de ses voisines contourne le secret, et c'est précisément ce que la loi interdit de diffuser. Imputer sans le dire : estimer une valeur manquante peut se justifier, mais l'estimation doit être signalée comme telle, jamais mêlée aux valeurs observées.

Pour agréger, partez du niveau où la donnée est complète : la statistique départementale publiée, pas la somme des communes publiées. Et gardez une trace du statut de chaque valeur, observée, masquée, absente ou non fiable : c'est ce que fait l'entrepôt de Prisme, dont les pages affichent la raison d'une absence plutôt qu'un chiffre.

Ce que l'analyse ne dit pas

  • Les parts de couverture portent sur la dernière année de chaque indicateur ; elles varient d'une année à l'autre avec les règles de diffusion et le nombre de ventes.
  • Les règles exactes de diffusion (seuils, secret secondaire) sont propres à chaque producteur et à chaque source : la documentation de la source fait foi.
Méthode détaillée

Pour chaque indicateur communal, communes ayant une valeur publiée la dernière année, rapportées au nombre de communes et à la population municipale la plus récente (géographie de référence).

Citer cet article

Prisme, « Secret statistique : pourquoi certaines données manquent, et quoi en faire », 21 octobre 2026, https://www.prisme-donnees.fr/blog/secret-statistique. D'après : Insee, Fichier localisé social et fiscal (Filosofi) (Licence Ouverte 2.0) ; DGFiP, géolocalisation Etalab, Demandes de valeurs foncières géolocalisées (DVF) (Licence Ouverte 2.0).

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le secret statistique ?

C'est l'obligation, fixée en France par la loi du 7 juin 1951, de ne diffuser aucune statistique qui permettrait d'identifier une personne, un ménage ou une entreprise. Les producteurs masquent donc les valeurs calculées sur trop peu d'unités.

Une donnée manquante peut-elle être remplacée par zéro ?

Non. Une case vide signifie que la valeur est masquée, absente ou trop peu fiable ; la remplacer par zéro crée des valeurs fausses et biaise moyennes, cartes et classements.

Pourquoi le taux de pauvreté n'est-il pas publié pour ma commune ?

Parce qu'il n'est diffusé que pour les communes assez peuplées : en 2023, il l'est pour 15 % des communes, qui réunissent 76 % des habitants. Pour une petite commune, la statistique de l'intercommunalité ou du département est la bonne échelle.