Canicules, grippes, Covid : un quart de siècle de surmortalité en Europe
Les décès de chaque semaine, comparés à ceux qu'on attendait, dessinent les hivers de grippe, les étés de chaleur et les vagues de 2020-2022. Sur ces trois années, la France compte 7,0 % de décès de plus qu'attendu, moins que l'ensemble de l'Union européenne (11,2 %), quelle que soit la façon de compter. Mais selon la ligne de base choisie, ce surcroît français va de 7,0 % à 11,7 % : la surmortalité est une estimation, pas une observation.
Publié le 21 octobre 2026 · 10 min de lecture
Des décès attendus, qu'il faut choisir
Eurostat rassemble depuis 2020 les décès de chaque semaine des pays européens, reconstitués par les instituts nationaux aussi loin qu'ils le pouvaient : depuis 2000 pour 18 des 27 pays de l'Union, depuis 2013 seulement pour la France. Savoir si une semaine a été meurtrière suppose de savoir combien de décès on attendait : c'est la ligne de base. Celle de cette analyse prolonge les cinq années précédentes, hors 2020-2022, par un modèle saisonnier : une tendance, qui suit le vieillissement de la population et les progrès de la longévité, et un cycle annuel, qui reproduit le creux de l'été et le pic de l'hiver. Les semaines anormalement hautes de ces cinq années sont retirées avant l'ajustement : la ligne de base décrit une année sans épisode.
La surmortalité est l'écart entre les décès observés et attendus. Un épisode est une suite d'au moins deux semaines à plus de 10 % au-dessus des décès attendus, ou une seule à plus de 20 % ; une semaine sous le seuil au milieu d'une vague ne l'interrompt pas. Le seuil se règle sur la variation ordinaire : hors 2020-2022, une semaine s'écarte de la ligne de base de 4,3 % en France et de 3,2 % dans les 18 pays suivis depuis 2000 (écart-type robuste, peu sensible aux épisodes eux-mêmes). Dix pour cent en font 2,3 fois en France et 3,1 fois dans ces pays : assez pour qu'une semaine ordinaire le franchisse rarement. Une canicule peut ne durer que quelques jours : une semaine seule fait un épisode si elle dépasse 20 %, soit 4,7 fois la variation ordinaire en France. Le choix compte : à 5 % (et 10 % pour une semaine seule), la France compterait 21 épisodes au lieu de 13 ; à 15 %, 8.
En France, des hivers, 2 étés et 2020-2022
Depuis 2016 (les années 2013 à 2015 servent de première référence), la France a connu 13 épisodes de surmortalité : six en hiver hors 2020-2022, deux en été et cinq autres pendant les années 2020 à 2022. Hors 2020-2022, le plus lourd est l'hiver 2016-2017 : environ 17 400 décès de plus qu'attendu en sept semaines (+20,0 %), pendant l'épidémie de grippe (Santé publique France, BEH, 2017). Les hivers 2016-2017, 2017-2018, 2018-2019, 2024-2025 et 2025-2026 coïncident tous avec une épidémie de grippe documentée par Santé publique France ; la surmortalité d'une période de grippe n'est pas pour autant toute due à la grippe.
Deux étés franchissent le seuil : en 2022, deux semaines à +17,3 % en moyenne, environ 3 900 décès de plus qu'attendu, pendant les vagues de chaleur de l'été 2022, qui ont coïncidé avec une reprise du Covid-19 (Santé publique France, bilan canicule et santé 2022) ; en 2026, une semaine à +41,2 %, environ 4 700 décès de plus qu'attendu, pendant la canicule du 17 juin au 2 juillet 2026 (Santé publique France, communiqué du 22 juillet 2026). Avec +41 % la semaine du 22 juin 2026, l'été 2026 tient la pire semaine de la série française en dehors de 2020-2022, plus haute que celles des hivers de grippe ; une canicule peut tenir en quelques jours, d'où la règle de la semaine isolée.
En 2020-2022, le printemps 2020 reste l'épisode le plus violent : +57 % la semaine du 30 mars 2020, environ 23 900 décès de plus qu'attendu en six semaines. L'automne 2020 est moins intense mais plus long (15 semaines) et plus lourd : environ 34 700 décès.
Eurostat, décès par semaine (demo_r_mwk_20) et population (demo_pjangroup) · CC BY 4.0 · calculs Prisme · France entière ; ligne de base : modèle saisonnier ajusté sur les cinq années précédentes hors 2020-2022 (trois au début de la série, qui commence en 2013) ; épisodes : au moins deux semaines à plus de 10 %, ou une seule à plus de 20 % ; dernières semaines provisoires
Données de la figure
| Épisode | Semaines | Décès en plus | En % des attendus | Pire semaine | Pour 100 000 hab. | Événement documenté |
|---|---|---|---|---|---|---|
| automne 2020 | 2020-S43 à 2021-S04 | 34 700 | +18,3 % | +35 % | 51,4 | — |
| printemps 2020 | 2020-S12 à 2020-S17 | 23 900 | +33,1 % | +57 % | 35,4 | — |
| hiver 2016-2017 | 2016-S51 à 2017-S05 | 17 400 | +20,0 % | +28 % | 26,0 | épidémie de grippe |
| hiver 2022-2023 | 2022-S49 à 2023-S01 | 14 700 | +22,3 % | +30 % | 21,6 | — |
| hiver 2021-2022 | 2021-S49 à 2022-S05 | 14 600 | +12,2 % | +15 % | 21,4 | — |
| hiver 2024-2025 | 2025-S01 à 2025-S04 | 8 400 | +15,0 % | +17 % | 12,2 | épidémie de grippe |
| printemps 2021 | 2021-S15 à 2021-S18 | 6 000 | +12,9 % | +15 % | 8,9 | — |
| hiver 2017-2018 (mars) | 2018-S09 à 2018-S11 | 5 700 | +15,4 % | +19 % | 8,4 | épidémie de grippe |
| hiver 2017-2018 (janvier) | 2017-S52 à 2018-S02 | 4 400 | +11,8 % | +15 % | 6,6 | épidémie de grippe |
| été 2022 | 2022-S28 à 2022-S29 | 3 900 | +17,3 % | +20 % | 5,7 | vagues de chaleur et reprise du Covid-19 |
| hiver 2018-2019 | 2019-S05 à 2019-S06 | 2 900 | +11,4 % | +12 % | 4,3 | épidémie de grippe |
| hiver 2025-2026 | 2026-S01 à 2026-S03 | 6 800 | +16,2 % | +21 % | — | épidémie de grippe |
| été 2026 | 2026-S26 à 2026-S26 | 4 700 | +41,2 % | +41 % | — | canicule de juin-juillet 2026 |
2003, 2022, 2020 : comparables ?
La France n'a pas de série hebdomadaire avant 2013 dans ces données. Pour remonter à 2003, il faut regarder les 18 pays suivis depuis 2000, qui réunissent 60 % de la population de l'Union, sans la France ni l'Italie.
Dans ces pays, l'été 2003 n'apparaît qu'en deux semaines d'août : +15 % au plus fort, environ 13 400 décès de plus qu'attendu, d'abord au Portugal (+51 % sur ces semaines), puis au Luxembourg (+44 %), en Espagne (+34 %) et en Allemagne (+23 %). Robine et al. rattachent cette surmortalité à la canicule (Comptes Rendus Biologies, 2008).
L'été 2022 y pèse bien plus : neuf semaines, une pire semaine à +22 %, environ 62 300 décès de plus qu'attendu, 4,7 fois l'été 2003. Rapportée aux décès attendus de leurs semaines d'épisode, la surmortalité des deux étés est pourtant voisine (+14,4 % et +13,8 %) : 2003 fut un choc bref, 2022 une longue saison, marquée par des vagues de chaleur (Ballester et al., Nature Medicine, 2023) et, en France au moins, par une reprise du Covid-19.
Le printemps 2020 dépasse les deux étés : +34 % au plus fort, +21,9 % sur ses six semaines, environ 73 100 décès de plus qu'attendu. Les trois épisodes ne se comparent donc ni par la durée ni par l'intensité ; rapportés aux décès attendus, ce qui tient compte de la taille et de l'âge de la population de chaque époque, 2003 et 2022 sont voisins, 2020 est d'un autre ordre.
Le plus lourd du quart de siècle est l'automne 2020 : environ 269 800 décès de plus qu'attendu en 17 semaines, soit 101 pour 100 000 habitants.
Hors 2020-2022, les épisodes les plus lourds de ces pays sont des hivers : l'hiver 2014-2015 (environ 85 200 décès, +15,4 %) et l'hiver 2016-2017 (environ 80 000 décès, +17,4 %). L'épisode de l'hiver 2016-2017 a lieu pendant une épidémie de grippe A(H3N2) (Vestergaard et al., Eurosurveillance, 2017).
Les épisodes des 18 pays suivis depuis 2000, classés par ampleur
| Épisode | Semaines | Décès en plus | En % des attendus | Pire semaine | Pour 100 000 hab. | Événement documenté |
|---|---|---|---|---|---|---|
| automne 2020 | 2020-S42 à 2021-S05 | 269 800 | +28,1 % | +38 % | 101,1 | — |
| hiver 2021-2022 | 2021-S40 à 2022-S01 | 180 000 | +23,4 % | +36 % | 67,6 | — |
| hiver 2014-2015 | 2015-S02 à 2015-S11 | 85 200 | +15,4 % | +22 % | 32,3 | — |
| hiver 2016-2017 | 2016-S52 à 2017-S07 | 80 000 | +17,4 % | +24 % | 30,2 | épidémie de grippe A(H3N2) |
| printemps 2020 | 2020-S12 à 2020-S17 | 73 100 | +21,9 % | +34 % | 27,4 | — |
| hiver 2022-2023 | 2022-S49 à 2023-S02 | 68 900 | +19,5 % | +28 % | 25,9 | — |
| printemps 2021 | 2021-S12 à 2021-S19 | 63 600 | +14,6 % | +18 % | 23,9 | — |
| été 2022 | 2022-S25 à 2022-S33 | 62 300 | +13,8 % | +22 % | 23,4 | — |
| hiver 2017-2018 | 2018-S07 à 2018-S12 | 60 300 | +17,5 % | +25 % | 22,7 | — |
| hiver 2004-2005 | 2005-S07 à 2005-S11 | 36 200 | +13,7 % | +17 % | 13,9 | — |
| automne 2022 | 2022-S39 à 2022-S43 | 35 400 | +13,7 % | +15 % | 13,3 | — |
| hiver 2023-2024 | 2023-S48 à 2023-S52 | 33 200 | +11,5 % | +13 % | 12,4 | — |
| hiver 2008-2009 | 2009-S02 à 2009-S04 | 23 700 | +14,4 % | +16 % | 9,0 | — |
| hiver 2011-2012 | 2012-S07 à 2012-S08 | 14 500 | +13,2 % | +14 % | 5,5 | — |
| été 2003 | 2003-S32 à 2003-S33 | 13 400 | +14,4 % | +15 % | 5,2 | canicule d'août 2003 |
| été 2006 | 2006-S29 à 2006-S30 | 13 000 | +14,3 % | +16 % | 5,0 | — |
Eurostat, décès par semaine (demo_r_mwk_20) et population (demo_pjangroup) · CC BY 4.0 · calculs Prisme · ampleur : décès en plus pour 100 000 habitants (population au 1er janvier de l'année du pic, non standardisée)
2020-2022 : la France sous la moyenne européenne
Sur les semaines de 2020 à 2022, l'Union compte environ 1 582 200 décès de plus qu'attendu (+11,2 %). La France en compte environ 131 500 (+7,0 %) : elle se classe 24e sur 27 avec la méthode principale, entre 19e et 24e selon la ligne de base. Les plus fortes surmortalités relatives sont celles de la Bulgarie (+23,4 %), de la Lituanie (+22,2 %) et de la Slovaquie (+20,5 %) ; les plus faibles, celles de la Finlande (+6,3 %), du Danemark (+4,0 %) et du Luxembourg (−1,0 %).
Face à ses voisins de l'Union, la surmortalité française a été plus faible que celles de l'Italie et de l'Espagne et plus forte que celle du Luxembourg, quelle que soit la ligne de base ; face à la Belgique et à l'Allemagne, l'ordre s'inverse d'une ligne de base à l'autre.
La moyenne des mêmes semaines, sans tendance, donne une surmortalité plus forte que la méthode principale dans 20 pays sur 27 : elle ignore que le vieillissement fait monter, d'année en année, le nombre de décès attendus. Pour la Lituanie, l'Autriche, Malte et le Luxembourg, l'écart entre les lignes de base dépasse huit points : leur rang ne dit pas grand-chose.
Sur l'ensemble des trois années, la surmortalité relative des 60 à 79 ans dépasse celle des 80 ans ou plus, en France (+10,1 % contre +5,9 %) comme dans les 25 pays au détail par âge complet (+13,2 % contre +10,5 %). En nombre, les 80 ans ou plus restent les plus touchés : 51 % de la surmortalité française.
Eurostat, décès par semaine (demo_r_mwk_20) et population (demo_pjangroup) · CC BY 4.0 · calculs Prisme · semaines ISO 2020 à 2022 ; ligne de base ajustée sur 2015-2019 ; trait : de la plus basse à la plus haute des lignes de base calculables (sans détail par âge complet, la variante par âge manque)
Données de la figure
| Pays | Serfling hors épisodes | Serfling sans exclusion | Moyenne des mêmes semaines | Taux par âge × population | Décès en plus | Pour 100 000 hab. |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Bulgarie | +23,4 % | +21,8 % | +20,8 % | +24,5 % | 74 600 | 1 142 |
| Lituanie | +22,2 % | +21,6 % | +11,2 % | +22,8 % | 24 400 | 869 |
| Slovaquie | +20,5 % | +19,1 % | +20,8 % | +21,9 % | 32 800 | 602 |
| Pologne | +15,4 % | +14,2 % | +20,9 % | +19,5 % | 194 200 | 520 |
| Croatie | +15,4 % | +15,4 % | +12,3 % | +17,6 % | 23 600 | 607 |
| Roumanie | +14,6 % | +14,6 % | +15,2 % | +18,5 % | 115 600 | 602 |
| Lettonie | +14,1 % | +12,3 % | +11,2 % | +14,0 % | 11 700 | 616 |
| Tchéquie | +13,7 % | +13,8 % | +18,9 % | +14,8 % | 47 000 | 445 |
| Italie | +12,9 % | +13,0 % | +13,3 % | +12,9 % | 248 900 | 420 |
| Hongrie | +12,7 % | +11,1 % | +12,5 % | +13,7 % | 48 800 | 506 |
| Estonie | +12,3 % | +9,6 % | +12,4 % | +12,8 % | 5 700 | 426 |
| Chypre | +12,2 % | +11,7 % | +19,5 % | +11,6 % | 2 300 | 252 |
| Espagne | +12,2 % | +11,3 % | +15,2 % | +13,9 % | 153 300 | 323 |
| Grèce | +10,9 % | +10,7 % | +15,3 % | +14,2 % | 40 900 | 388 |
| Pays-Bas | +10,7 % | +9,0 % | +13,7 % | +10,4 % | 49 500 | 283 |
| Slovénie | +10,4 % | +10,1 % | +15,4 % | +11,3 % | 6 600 | 314 |
| Belgique | +9,9 % | +8,5 % | +9,6 % | +11,3 % | 32 100 | 277 |
| Autriche | +9,7 % | +9,4 % | +12,7 % | +3,6 % | 24 100 | 269 |
| Allemagne | +8,4 % | +6,4 % | +12,2 % | +7,9 % | 240 000 | 289 |
| Irlande | +8,4 % | +6,6 % | +9,1 % | — | 7 900 | 155 |
| Suède | +8,3 % | +6,6 % | +3,8 % | +7,2 % | 21 300 | 205 |
| Portugal | +8,0 % | +9,1 % | +12,7 % | +8,1 % | 27 800 | 267 |
| Malte | +7,7 % | +7,7 % | +17,1 % | +10,6 % | 890 | 173 |
| France | +7,0 % | +7,1 % | +11,7 % | +8,5 % | 131 500 | 194 |
| Finlande | +6,3 % | +5,9 % | +9,1 % | +5,8 % | 10 400 | 188 |
| Danemark | +4,0 % | +2,5 % | +7,1 % | — | 6 600 | 113 |
| Luxembourg | −1,0 % | −0,8 % | +9,5 % | −1,0 % | −140 | −22 |
Après 2022, pas de déficit établi
Si l'épidémie a avancé la mort de personnes déjà fragiles, elles devraient manquer ensuite : c'est l'« effet moisson ». Pour le chercher, la ligne de base reste ici celle d'avant l'épidémie (2015-2019), prolongée jusqu'en 2025 : l'ajuster sur les années qui suivent effacerait justement le déficit cherché.
À l'échelle de l'Union, aucun déficit : de 2023 à 2025, les décès dépassent la tendance d'avant 2020, de +0,7 % à +5,0 % selon la méthode.
En France, le signe dépend de la ligne de base : −0,3 % avec la méthode principale, de −0,3 % à +7,4 % selon les quatre. Ces données n'y établissent ni déficit ni excès.
Un seul pays, la Bulgarie, montre un déficit quelle que soit la méthode ; c'est l'un des cinq plus touchés en 2020-2022. D'un pays à l'autre, l'ampleur de 2020-2022 ne prédit pas la suite : la corrélation entre les deux vaut 0,01 (intervalle de confiance de −0,37 à 0,39, 27 pays). Rien ici n'établit donc un effet moisson, sans l'exclure : un déficit peut être compensé par d'autres surmortalités (vagues de grippe et de Covid-19, soins reportés).
Les âges : les plus vieux d'abord, mais pas toujours
Dans les 18 pays suivis depuis 2000, les épisodes d'hiver et d'été frappent d'abord les plus âgés. Les 80 ans ou plus représentent 52 % des décès attendus pendant les hivers d'épisode, mais 68 % de la surmortalité ; l'été (2022 compris, où la chaleur se mêlait au Covid-19), 51 % et 61 %. Leur surmortalité relative (+19,8 % en hiver, +16,9 % en été) dépasse celle des 60 à 79 ans (+11,7 % et +11,2 %). Les vagues de 2020-2022 ont un autre profil : la surmortalité relative des 60 à 79 ans (+24,0 %) y égale ou dépasse celle des 80 ans ou plus (+21,7 %), et celle des 40 à 59 ans atteint +19,3 %, contre +6,0 % pendant les épisodes d'hiver ordinaires.
En France, les hivers d'épisode suivent le même schéma : les 80 ans ou plus y portent 81 % de la surmortalité pour 62 % des décès attendus, et leur surmortalité relative (+21,1 %) dépasse de loin celle des 40 à 59 ans (+2,8 %). Les étés d'épisode (2022 et 2026) sont différents : la surmortalité relative y est voisine de 40 à 59 ans (+24,3 %), de 60 à 79 ans (+27,4 %) et à 80 ans ou plus (+25,7 %) ; les plus âgés n'y portent que leur part des décès attendus (58 % de la surmortalité pour 58 %). Pendant la semaine du 22 juin 2026, la surmortalité relative des 40 à 59 ans (+47 %) a même dépassé celle des 80 ans ou plus (+43 %).
Eurostat, décès par semaine (demo_r_mwk_20) et population (demo_pjangroup) · CC BY 4.0 · calculs Prisme · épisodes cumulés par type, classes d'âge de 20 ans ; ligne de base propre à chaque classe ; les épisodes sans détail par âge complet (Allemagne depuis 2024) sont écartés
Données de la figure
| Zone | Épisodes | Âge | Surmortalité | Part de la surmortalité | Part des décès attendus |
|---|---|---|---|---|---|
| France | été | moins de 20 ans | +5,8 % | 0 % | 1 % |
| France | été | 20 à 39 ans | +16,9 % | 1 % | 2 % |
| France | été | 40 à 59 ans | +24,3 % | 7 % | 8 % |
| France | été | 60 à 79 ans | +27,4 % | 33 % | 31 % |
| France | été | 80 ans ou plus | +25,7 % | 58 % | 58 % |
| France | hiver | moins de 20 ans | −4,5 % | 0 % | 1 % |
| France | hiver | 20 à 39 ans | +0,3 % | 0 % | 1 % |
| France | hiver | 40 à 59 ans | +2,8 % | 1 % | 8 % |
| France | hiver | 60 à 79 ans | +10,3 % | 18 % | 29 % |
| France | hiver | 80 ans ou plus | +21,1 % | 81 % | 62 % |
| France | 2020-2022 | moins de 20 ans | −1,9 % | 0 % | 1 % |
| France | 2020-2022 | 20 à 39 ans | +1,3 % | 0 % | 1 % |
| France | 2020-2022 | 40 à 59 ans | +9,7 % | 4 % | 7 % |
| France | 2020-2022 | 60 à 79 ans | +19,9 % | 30 % | 29 % |
| France | 2020-2022 | 80 ans ou plus | +20,1 % | 66 % | 62 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | été | moins de 20 ans | +5,8 % | 0 % | 1 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | été | 20 à 39 ans | +10,6 % | 1 % | 2 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | été | 40 à 59 ans | +10,4 % | 7 % | 10 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | été | 60 à 79 ans | +11,2 % | 30 % | 37 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | été | 80 ans ou plus | +16,9 % | 61 % | 51 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | hiver | moins de 20 ans | +5,3 % | 0 % | 1 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | hiver | 20 à 39 ans | +4,7 % | 0 % | 1 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | hiver | 40 à 59 ans | +6,0 % | 4 % | 10 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | hiver | 60 à 79 ans | +11,7 % | 28 % | 36 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | hiver | 80 ans ou plus | +19,8 % | 68 % | 52 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | 2020-2022 | moins de 20 ans | −2,6 % | 0 % | 1 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | 2020-2022 | 20 à 39 ans | +13,8 % | 1 % | 1 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | 2020-2022 | 40 à 59 ans | +19,3 % | 7 % | 8 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | 2020-2022 | 60 à 79 ans | +24,0 % | 38 % | 35 % |
| 18 pays suivis depuis 2000 | 2020-2022 | 80 ans ou plus | +21,7 % | 54 % | 55 % |
Ce qui dépend de la ligne de base
Chaque chiffre de cette page dépend de la ligne de base. Le tableau ci-dessous les recalcule avec trois autres : le même modèle sans retirer les semaines d'épisode, qui compte donc une part des épidémies passées dans les décès attendus ; la moyenne des mêmes semaines des mêmes années, sans tendance ; et un modèle des taux de décès par âge, multipliés par la population de chaque année, qui suit le vieillissement au lieu de prolonger une pente.
Ce qui tient d'une méthode à l'autre : la France sous l'ensemble de l'Union en 2020-2022, l'automne 2020 comme épisode le plus lourd des 18 pays suivis depuis 2000 et l'hiver 2016-2017 comme épisode le plus lourd de la France hors 2020-2022. Ce qui varie : le niveau (de +7,0 % à +11,7 % pour la France en 2020-2022), le signe de la surmortalité française après 2022 et le rang de la France face à la Belgique et à l'Allemagne.
| Serfling hors épisodes | Serfling sans exclusion | Moyenne des mêmes semaines | Taux par âge × population | |
|---|---|---|---|---|
| France 2020-2022 (%) | +7,0 % | +7,1 % | +11,7 % | +8,5 % |
| UE 2020-2022 (%) | +11,2 % | +10,4 % | +13,8 % | +12,2 % (25 pays) |
| France 2023-2025 (%) | −0,3 % | +0,6 % | +7,4 % | +3,4 % |
| UE 2023-2025 (%) | +1,0 % | +0,7 % | +5,0 % | +3,4 % (22 pays) |
| France · hiver 2016-2017 (décès) | 17 400 | 14 400 | 20 500 | 17 000 |
| France · automne 2020 (décès) | 34 700 | 33 200 | 41 000 | 34 800 |
| France · été 2026 (décès) | 4 700 | 4 700 | 5 000 | — |
| 18 pays · été 2003 (décès) | 13 400 | 14 300 | 14 900 | — |
| 18 pays · hiver 2014-2015 (décès) | 85 200 | 73 700 | 91 400 | 80 700 |
| 18 pays · automne 2020 (décès) | 269 800 | 254 400 | 286 800 | 263 000 |
| 18 pays · été 2022 (décès) | 62 300 | 57 800 | 74 100 | 72 300 |
Eurostat, décès par semaine (demo_r_mwk_20) et population (demo_pjangroup) · CC BY 4.0 · calculs Prisme · (%) : surmortalité en % des décès attendus (après 2022, référence 2015-2019) ; (décès) : décès en plus sur les semaines de l'épisode ; « 18 pays » : ceux suivis depuis 2000 ; « — » : variante impossible, faute de détail par âge ou de population pour l'une des années
Ce que l'analyse ne dit pas
- Les dernières semaines publiées (jusqu'à la semaine du 22 juin 2026 pour tous les pays) sont incomplètes : les déclarations tardives les compléteront, et une baisse en fin de série n'est pas une baisse des décès. Toutes les données françaises depuis la semaine du 4 janvier 2021 sont provisoires (drapeau p d'Eurostat).
- La ligne de base est un choix : chaque surmortalité de cette page change avec elle, parfois jusqu'à changer de signe (voir le tableau « Ce qui dépend de la ligne de base »).
- Ces données comptent des décès, pas leurs causes. « Canicule » et « grippe » ne sont écrits que là où une source publique documente l'événement aux mêmes dates (liste dans la méthode) ; même alors, la surmortalité d'une période de grippe n'est pas toute due à la grippe, et l'été 2022 a mêlé chaleur et Covid-19. Les vagues de 2020-2022 comprennent les effets indirects de l'épidémie (soins reportés) comme ceux des confinements (moins d'accidents).
- La population vieillit : à risques égaux, il meurt chaque année davantage de personnes. La ligne de base suit cette pente sur cinq ans ; pour comparer des décennies, la surmortalité est rapportée aux décès attendus, ce qui tient compte de la taille et de l'âge de la population. Le nombre pour 100 000 habitants, lui, n'est pas standardisé : un pays plus âgé y paraît plus touché.
- La France n'a de décès hebdomadaires qu'à partir de 2013 dans ces données : ni 2003 ni les hivers d'avant 2016 n'y sont mesurables. Les 18 pays suivis depuis 2000 ne comprennent ni la France ni l'Italie. L'Irlande n'a pas de détail par âge (série reconstituée à partir des avis de décès), l'Allemagne n'en a plus depuis 2024.
- La surmortalité d'un épisode est comptée de sa première à sa dernière semaine au-dessus du seuil : les semaines de montée et de reflux n'y sont pas, ce qui la sous-estime. Les bilans de Santé publique France, établis sur d'autres périodes et d'autres références, ne lui sont pas directement comparables.
Méthode détaillée
Données : décès par semaine ISO 8601 (du lundi au dimanche), deux sexes, par groupe d'âge de 20 ans (Eurostat, demo_r_mwk_20, collecte spéciale « demomwk »), 27 pays de l'Union ; population au 1er janvier par groupe d'âge de 5 ans (demo_pjangroup), regroupée en classes de 20 ans. Une semaine non publiée n'est jamais comblée. Les années ISO longues (2004, 2009, 2015, 2020 et 2026) ont une semaine 53 : le modèle saisonnier, écrit en temps continu, la traite comme les autres ; la moyenne des mêmes semaines lui donne pour référence la semaine 52 des années qui n'en ont pas.
Ligne de base principale : moindres carrés sur les décès hebdomadaires, avec une constante, une tendance linéaire et deux paires sinus-cosinus (périodes d'un an et de six mois), ajustés sur les cinq années complètes qui précèdent l'année estimée, en sautant 2020, 2021 et 2022 (au moins trois années ; d'où un début en 2016 pour la France). Les semaines à plus de 2,5 écarts-types robustes (écart absolu médian × 1,4826) au-dessus du modèle sont retirées et le modèle réajusté, jusqu'à stabilité. Les années 2020 à 2023 ont donc pour référence 2015-2019. Pour l'après-épidémie, toutes les années ont cette référence.
Variantes : le même modèle sans retirer de semaine ; la moyenne des mêmes semaines des mêmes années, sans les semaines retirées par le modèle principal ; le modèle appliqué aux taux de décès de chaque classe d'âge (décès de la semaine rapportés à la population au 1er janvier de l'année), multipliés par la population de l'année estimée, la surmortalité totale étant la somme de celles des classes (les décès d'âge inconnu, au plus quelques pour mille, ne comptent ni d'un côté ni de l'autre).
Épisodes : au moins 2 semaines à plus de 10 % au-dessus de la ligne de base, 1 semaine au plus sous le seuil entre deux d'entre elles, ou une seule semaine à plus de 20 % ; nommés d'après la semaine de leur pic : été (juin à septembre), hiver (octobre à mai) et, en 2020-2022, la saison. Ampleur : décès en plus sur les semaines de l'épisode, rapportés aux décès attendus ou à la population au 1er janvier de l'année du pic. Les 18 pays suivis depuis 2000 : les pays dont la série est complète dès 2000 ; décès et lignes de base y sont additionnés semaine par semaine.
2020-2022 : semaines ISO des trois années, surmortalité rapportée aux décès attendus ; Union européenne : somme des pays. Effet moisson : corrélation de Pearson, entre pays, de la surmortalité 2020-2022 et de celle des années suivantes, intervalle de confiance à 95 % par la transformation de Fisher. Âges : ligne de base propre à chaque classe, mêmes semaines retirées que pour le total ; profils cumulés sur les épisodes d'un même type.
Événements documentés, attribués à un épisode seulement si son pic tombe dans la fenêtre de la source :
- canicule d'août 2003 (2003-S31 à 2003-S34, les 18 pays suivis depuis 2000) : Robine et al., Comptes Rendus Biologies, 2008
- épidémie de grippe A(H3N2) (2016-S48 à 2017-S09, les 18 pays suivis depuis 2000) : Vestergaard et al., Eurosurveillance, 2017
- épidémie de grippe (2016-S49 à 2017-S06, France) : Santé publique France, BEH, 2017
- épidémie de grippe (2017-S49 à 2018-S12, France) : Santé publique France, BEH, 2018
- épidémie de grippe (2019-S02 à 2019-S09, France) : Santé publique France, BEH, 2019
- vagues de chaleur et reprise du Covid-19 (2022-S24 à 2022-S32, France) : Santé publique France, bilan canicule et santé 2022
- épidémie de grippe (2024-S49 à 2025-S08, France) : Santé publique France, BEH, 2025
- épidémie de grippe (2025-S49 à 2026-S06, France) : Santé publique France, BEH, 2026
- canicule de juin-juillet 2026 (2026-S25 à 2026-S27, France) : Santé publique France, communiqué du 22 juillet 2026
Citer cette analyse
Prisme, « Canicules, grippes, Covid : un quart de siècle de surmortalité en Europe », 21 octobre 2026, https://www.prisme-donnees.fr/analyses/surmortalite-europe. D'après : Eurostat, Décès par semaine, sexe et groupe d'âge de 20 ans (demo_r_mwk_20) (CC BY 4.0) ; Eurostat, Population au 1er janvier par groupe d'âge et sexe (demo_pjangroup) (CC BY 4.0).
Questions fréquentes
Combien de morts a fait la canicule de 2003 ?
Ces données ne permettent pas de le dire pour la France : Eurostat n'y publie les décès hebdomadaires qu'à partir de 2013. Dans les 18 pays suivis depuis 2000, sans la France ni l'Italie, les deux semaines du pic d'août 2003 comptent environ 13 400 décès de plus qu'attendu (+14,4 %), dont 6 900 en Allemagne et 4 400 en Espagne. C'est une estimation basse : seules les semaines au-dessus du seuil de 10 % sont comptées.
Qu'est-ce que la surmortalité ?
C'est le nombre de décès au-delà de ceux qu'on attendait, compte tenu de la saison et de la population. Pendant la semaine du 30 mars 2020, la France a compté 19 052 décès quand on en attendait environ 12 100 : une surmortalité de +57 %. Le nombre attendu n'est pas observé mais estimé : la surmortalité dépend de la méthode choisie.
La France a‑t‑elle eu plus de décès Covid que ses voisins ?
Ces données comptent tous les décès, pas seulement ceux du Covid-19. Sur 2020-2022, la surmortalité de la France (+7,0 % des décès attendus) a été plus faible que celles de l'Italie et de l'Espagne et plus forte que celle du Luxembourg, quelle que soit la ligne de base ; face à la Belgique et à l'Allemagne, l'ordre s'inverse d'une ligne de base à l'autre. Elle est restée sous celle de l'ensemble de l'Union (+11,2 %), quelle que soit la ligne de base.