Analyse · Démographie · Eurostat

Fécondité en Europe : une chute que le chômage n'explique pas

En 2024, la fécondité des régions de l'UE est tombée en moyenne à 1,34 enfant par femme, contre 1,57 en 2016 : le niveau le plus bas depuis 2007, début de la série suivie. Le chômage, qui a reculé dans le même temps, n'explique pas cette chute : à l'intérieur de chaque région, ses variations ne s'accompagnent que de faibles variations de la fécondité.

Publié le 21 octobre 2026 · 9 min de lecture

Fécondité moyenne1,34enfant par femme en 2024, 204 régions
À leur plus bas106 sur 219régions au minimum de leur série en 2024
Part due au pays66 %des écarts entre régions en 2024

Un plancher presque partout

Sur les 204 régions suivies sans interruption de 2007 à 2024, la fécondité moyenne a culminé à 1,57 enfant par femme en 2016, avant de tomber à 1,34 en 2024. Dans 106 des 219 régions dont la série couvre au moins quinze ans, 2024 est l'année la plus basse jamais mesurée. Depuis 2021, la fécondité a baissé dans 199 régions sur 204. Aucune des 236 régions n'atteint le seuil de renouvellement des générations (environ 2,1 enfants par femme).

Indicateur conjoncturel de fécondité, moyenne des régions, 2007-2024

Eurostat, demo_r_find2, CC BY 4.0 · moyenne non pondérée des 204 régions NUTS 2 suivies chaque année ; régions ultrapériphériques hors champ

Données de la figure
AnnéeEnsembleEurope du SudEurope centrale et orientaleAutres régions
20071,501,401,361,63
20081,551,471,421,66
20091,541,451,441,65
20101,551,451,411,68
20111,511,411,371,65
20121,521,391,411,65
20131,501,351,391,64
20141,531,371,461,67
20151,531,361,481,66
20161,571,381,531,69
20171,561,361,591,66
20181,541,331,601,64
20191,531,301,601,62
20201,511,291,601,60
20211,531,291,601,64
20221,461,261,531,53
20231,391,221,451,45
20241,341,201,351,42

Deux vagues, une même chute

Toutes les régions n'ont pas culminé en même temps. À l'Ouest, au Nord et au Sud, la fécondité a le plus souvent atteint son maximum vers 2008-2011 (année médiane du sommet). En Europe centrale et orientale, elle a continué de remonter bien plus tard, jusque vers 2020. Les deux vagues se rejoignent dans la baisse des dernières années.

Année du sommet de fécondité, par région

Eurostat, demo_r_find2 · année où l'indicateur conjoncturel de la région a été le plus élevé, 2007-2024

Données de la figure
Année du sommetZoneRégions
2007Europe du Sud1
2008Autres régions13
2008Europe centrale et orientale3
2008Europe du Sud28
2009Autres régions9
2009Europe centrale et orientale2
2009Europe du Sud10
2010Autres régions24
2010Europe du Sud6
2011Autres régions3
2011Europe du Sud2
2012Autres régions1
2012Europe du Sud2
2013Autres régions1
2014Europe du Sud2
2016Autres régions23
2016Europe centrale et orientale1
2016Europe du Sud1
2017Autres régions5
2017Europe centrale et orientale10
2018Europe centrale et orientale3
2019Europe centrale et orientale3
2019Europe du Sud1
2020Europe centrale et orientale7
2020Europe du Sud1
2021Autres régions17
2021Europe centrale et orientale20
2021Europe du Sud1
2022Europe centrale et orientale1
2023Europe centrale et orientale2
2023Europe du Sud1

Le chômage n'explique pas la chute

Une explication revient souvent : les couples feraient moins d'enfants quand l'emploi est incertain. Pour la tester, on compare chaque région à elle-même, de 2007 à 2024, en retirant le mouvement commun à toute l'Union chaque année (régression à double effet fixe, 190 régions). La relation existe, mais elle est faible : un point de chômage en plus s'accompagne de −0,015 enfant par femme (intervalle à 95 % de −0,022 à −0,009) ; avec le chômage de l'année précédente, −0,016 (−0,022 à −0,010). Même si l'on prend cette relation au pied de la lettre, elle joue dans le mauvais sens pour expliquer la chute : de 2016 à 2024, le chômage moyen de ces régions a varié de −3,3 points, ce qui, à lui seul, aurait changé la fécondité de +0,051 enfant par femme. Elle a varié de −0,22.

Sur le graphique, la pente paraît nette parce que l'échelle est celle des écarts d'une année à l'autre, quelques centièmes d'enfant par femme : c'est cette petite taille, comparée à la chute observée, qui compte.

Écarts de chômage et de fécondité, à région et année données

Eurostat, demo_r_find2 et lfst_r_lfu3rt, CC BY 4.0 · 2007-2024, écarts à la moyenne de la région et de l'année, moyennes par vingtile d'écart de chômage ; droite : pente de la régression

Données de la figure
VingtileÉcart de chômage (points)Écart de féconditéObservations
1−5,30+0,066171
2−2,76+0,021171
3−2,26+0,040171
4−1,90+0,047171
5−1,56+0,053171
6−1,30+0,035171
7−1,03+0,042171
8−0,75+0,030171
9−0,46+0,030171
10−0,19−0,002171
11+0,06−0,002171
12+0,30−0,007171
13+0,56−0,024171
14+0,81−0,040171
15+1,07−0,020171
16+1,36−0,040171
17+1,79−0,046171
18+2,40−0,057171
19+3,39−0,066171
20+5,78−0,060171

D'abord une affaire nationale

En 2024, 66 % des écarts de fécondité entre régions de l'UE tiennent au pays auquel elles appartiennent, ce qui oriente vers des facteurs nationaux (politiques familiales, accès aux modes de garde, normes sociales) plutôt que locaux. À pays égal, la fécondité est plus faible là où les diplômés du supérieur sont nombreux (corrélation −0,37, intervalle de −0,48 à −0,25, en 2024) : une piste est que les études longues retardent la première naissance, et que l'indicateur du moment enregistre ce retard comme une baisse. Le chômage, lui, va plutôt avec une fécondité un peu plus élevée (0,16, intervalle de 0,02 à 0,29).

Ce qui va avec la fécondité à pays égal, 2024

Eurostat, CC BY 4.0 · 231 régions, corrélations calculées sur les écarts à la moyenne du pays, intervalles de Fisher à 95 % ; en gris, intervalle qui contient zéro

Données de la figure
VariableCorrélationBorne basseBorne haute
Part de diplômés du supérieur−0,37−0,48−0,25
PIB par habitant (log)−0,21−0,34−0,08
Densité de population (log)−0,08−0,220,05
Taux de chômage0,160,020,29

Où naît-on encore le plus ?

En 2024, les fécondités régionales les plus élevées sont celles de Yugoiztochen (Bulgarie, 2,04), Severozapaden (Bulgarie, 1,92) et Východné Slovensko (Slovaquie, 1,76) ; les plus basses, celles de Sardegna (Italie, 0,91), Principado de Asturias (Espagne, 0,95) et Galicia (Espagne, 0,96).

Ce que l'analyse ne dit pas

  • L'indicateur conjoncturel mesure les naissances d'une année, pas le nombre d'enfants qu'auront finalement les femmes : quand les naissances sont retardées, il baisse sans que la descendance finale baisse autant.
  • La régression à double effet fixe décrit une association à l'intérieur des régions, pas un effet causal ; elle ne capte pas des anticipations ou des inquiétudes qui ne passent pas par le chômage.
  • Le chômage régional vient de l'enquête Forces de travail : estimé par sondage, il est bruité dans les petites régions, ce qui atténue la relation mesurée.
  • Chaque région pèse le même poids, quelle que soit sa population : les moyennes décrivent les territoires, pas l'ensemble des femmes de l'Union.
  • Les corrélations à pays égal décrivent des territoires, pas des personnes : elles ne disent pas que les diplômées ont moins d'enfants qu'elles n'en auraient eu.
Méthode détaillée

Indicateur conjoncturel de fécondité par région NUTS 2 (Eurostat, demo_r_find2), régions de l'UE à 27 hors régions ultrapériphériques, panel équilibré de 2007 à 2024. Années de sommet : maximum de la série de chaque région sur la période ; zones : Europe du Sud, Europe centrale et orientale, autres.

Conjoncture : régression de la fécondité sur le taux de chômage des 15-74 ans (lfst_r_lfu3rt), après retrait des effets fixes région et année (écarts doubles, panel équilibré 2007-2024), erreurs types regroupées par pays. Contrefactuel : pente estimée multipliée par la variation du chômage moyen entre l'année où la fécondité moyenne de ces régions était la plus haute et la dernière année.

Géographie : part de la variance de la fécondité entre régions expliquée par la moyenne nationale (non pondérée) ; corrélations de Pearson sur les écarts à la moyenne du pays, intervalles de Fisher corrigés des degrés de liberté consommés par les pays.

Citer cette analyse

Prisme, « Fécondité en Europe : une chute que le chômage n'explique pas », 21 octobre 2026, https://www.prisme-donnees.fr/analyses/fecondite-europe. D'après : Eurostat, Indicateur conjoncturel de fécondité par région NUTS 2 (demo_r_find2) (CC BY 4.0) ; Eurostat, Taux de chômage par région NUTS 2 (lfst_r_lfu3rt) (CC BY 4.0).

Questions fréquentes

Quelle est la fécondité en Europe aujourd'hui ?

En 2024, la moyenne des régions de l'UE est de 1,34 enfant par femme, contre 1,57 en 2016. Dans 106 régions sur 219, c'est le niveau le plus bas jamais mesuré.

La baisse de la fécondité vient-elle du chômage ?

Non : à l'intérieur de chaque région, un point de chômage en plus ne s'accompagne que de −0,015 enfant par femme, et le chômage a baissé pendant que la fécondité chutait.

Pourquoi la fécondité varie‑t‑elle autant d'une région à l'autre ?

Surtout à cause du pays : 66 % des écarts entre régions tiennent à la moyenne nationale. À pays égal, la fécondité est plus faible dans les régions où les diplômés sont nombreux (−0,37).