Analyse · Santé · Insee, DREES

Espérance de vie : ce qui sépare les départements français

5,8 ans d'espérance de vie séparent les hommes du département où l'on vit le moins longtemps (Nièvre) de celui où l'on vit le plus longtemps (Hauts-de-Seine). Ces écarts ne se réduisent plus depuis 1990. Ils suivent la géographie sociale : la composition de la population en explique 64 %, l'accès aux médecins généralistes 4 %.

Publié le 21 octobre 2026 · 9 min de lecture

Écart entre départements5,8 anshommes, 2023-2025, Nièvre et Hauts-de-Seine
Expliqué par la composition64 %des écarts, hommes (ouvriers, sans-diplôme, niveau de vie)
Expliqué par l'APL4 %des écarts, hommes, accès aux généralistes seul

Des écarts qui ne se résorbent plus

En 2025, l'espérance de vie moyenne des départements de métropole atteint 80,0 ans pour les hommes et 85,4 ans pour les femmes, contre 69,2 et 77,0 ans en 1975. L'écart entre les sexes est passé de 7,8 ans à 5,5 ans. Entre départements, l'écart entre le 9e et le 1er décile a reculé de 3,5 ans à 2,8 ans pour les hommes entre 1975 et 1990, puis il ne s'est plus réduit et s'est même un peu élargi : 3,2 ans en 2019, avant l'épidémie de Covid-19, et 3,4 ans en 2025. Chez les femmes : 2,4 ans, 1,7 an, puis 2,3 ans. Les départements en retard ont pourtant gagné davantage d'années de 1975 à 2019 (corrélation entre le niveau de départ et le gain, hommes : −0,61) : un rattrapage réel, mais compensé par d'autres écarts qui se sont creusés, si bien que la dispersion d'ensemble ne baisse plus.

Espérance de vie à la naissance dans les départements de métropole, 1975-2025

Insee, statistiques de l'état civil et estimations de population · Licence Ouverte 2.0 · 96 départements, moyenne non pondérée ; années récentes provisoires

Données de la figure
AnnéeHommes, moyenneFemmes, moyenneHommes, écart interdécileFemmes, écart interdécile
197569,277,03,52,4
197669,477,43,82,3
197770,078,03,32,2
197870,178,13,42,0
197970,478,53,02,0
198070,578,63,22,2
198170,778,73,42,0
198271,079,13,12,1
198371,079,03,41,7
198471,479,53,41,9
198571,579,63,22,0
198671,979,93,22,0
198772,380,43,11,9
198872,680,73,11,9
198972,880,83,01,9
199073,081,12,81,7
199173,281,32,81,8
199273,481,62,81,8
199373,581,63,21,9
199473,981,92,81,7
199574,182,02,91,8
199674,282,12,81,6
199774,682,33,01,6
199874,882,42,81,8
199975,082,53,01,8
200075,382,83,21,8
200175,582,92,81,8
200275,783,02,81,9
200375,983,02,81,5
200476,783,82,71,9
200576,783,83,01,8
200677,284,13,21,8
200777,484,32,92,1
200877,684,23,32,2
200977,684,33,51,8
201077,984,53,11,9
201178,384,83,22,2
201278,484,73,02,2
201378,784,82,91,9
201479,185,23,11,9
201578,984,92,82,0
201679,185,13,02,0
201779,285,22,82,0
201879,485,22,92,0
201979,585,33,21,9
202079,185,03,02,4
202179,185,13,12,3
202279,185,03,02,3
202379,885,43,32,0
202479,985,43,52,3
202580,085,43,42,3

La carte de l'espérance de vie est une carte sociale

En moyenne sur 2023-2025, les hommes vivent le plus longtemps dans ces départements : Hauts-de-Seine (83,0 ans), Val-de-Marne (82,6 ans) et Yvelines (82,4 ans) ; le moins longtemps dans ceux-ci : Nièvre (77,1 ans), Haute-Marne (77,2 ans) et Pas-de-Calais (77,3 ans). Pour les femmes, en tête : Hauts-de-Seine (87,4 ans), Rhône (87,2 ans) et Paris (87,0 ans). La part d'ouvriers dans la population suffit presque à ordonner les départements : sa corrélation avec l'espérance de vie des hommes vaut −0,75 (intervalle de −0,83 à −0,65). Ces données ne disent pas pourquoi ; les travaux épidémiologiques évoquent les expositions professionnelles, le tabac et l'alcool, ou un recours aux soins plus tardif.

Part d'ouvriers et espérance de vie des hommes, par département

Insee, état civil et estimations de population ; recensement 2023 ; Filosofi 2023 ; DREES, APL 2024 · Licence Ouverte 2.0 · 96 départements de métropole

Données de la figure
VariableSexeCorrélationBorne basseBorne haute
Part d'ouvriershommes−0,75−0,83−0,65
Part d'ouvriersfemmes−0,68−0,78−0,56
Part de cadreshommes0,680,550,77
Part de cadresfemmes0,630,490,74
Part de sans-diplômehommes−0,65−0,76−0,52
Part de sans-diplômefemmes−0,66−0,76−0,54
Niveau de vie médian (log)hommes0,640,500,74
Niveau de vie médian (log)femmes0,600,460,72
Densité (log)hommes0,530,370,66
Densité (log)femmes0,460,290,61
Accès aux généralistes (APL)hommes0,210,010,39
Accès aux généralistes (APL)femmes0,250,050,43

Et les déserts médicaux ?

L'accessibilité potentielle localisée (APL) mesure le nombre de consultations de médecin généraliste accessibles par an et par habitant, en tenant compte de la distance et de l'âge de la population. Seule, elle n'est que faiblement liée à l'espérance de vie (corrélation 0,21 pour les hommes, un lien qui se distingue à peine de zéro) : une consultation accessible de plus par habitant correspond à +0,39 an (−0,01 à +0,79), et à +0,30 an pour les femmes (+0,05 à +0,54). Mais à composition sociale égale (part d'ouvriers, de sans-diplôme et niveau de vie), ce lien disparaît : −0,14 an, intervalle de −0,41 à +0,13. L'accès aux généralistes est meilleur là où les sans-diplôme sont moins nombreux (corrélation −0,45), et l'on y vit plus longtemps pour d'autres raisons : sans tenir compte de la composition sociale, on prêterait aux médecins ce qui revient au milieu social. Entre départements d'une même région, le lien redevient positif : +0,23 an pour les hommes (intervalle de −0,09 à +0,55) et +0,23 an pour les femmes (intervalle de +0,04 à +0,42) ; il ne se distingue de zéro que pour les femmes, un lien modeste et fragile.

Ce que l'on peut dire : à l'échelle des départements, l'accès aux généralistes n'explique pas les grands écarts d'espérance de vie, que la composition sociale explique bien mieux, et son lien propre dépend de la façon de le mesurer. Ce que l'on ne peut pas dire : que les médecins n'ont pas d'effet. Une moyenne départementale mélange des cantons très différents, et l'APL mesure une offre, pas les soins réellement reçus.

Le lien entre accès aux généralistes et espérance de vie, selon la façon de le mesurer

Insee, état civil et estimations de population ; recensement 2023 ; Filosofi 2023 ; DREES, APL 2024 · Licence Ouverte 2.0 · moindres carrés, erreurs robustes ; « dans une même région » : effets fixes régionaux ; intervalles à 95 %

Données de la figure
ModèleSexeAnnées par consultationIntervalle à 95 %Part des écarts expliquée (R²)
Seulhommes+0,39−0,01 à +0,794 %
À composition sociale égalehommes−0,14−0,41 à +0,1364 %
Et dans une même régionhommes+0,23−0,09 à +0,5550 %
Composition seulehommes——64 %
Seulfemmes+0,30+0,05 à +0,546 %
À composition sociale égalefemmes−0,04−0,24 à +0,1556 %
Et dans une même régionfemmes+0,23+0,04 à +0,4249 %
Composition seulefemmes——56 %

Ce que l'analyse ne dit pas

  • L'espérance de vie des années 2023-2025 est une estimation provisoire de l'Insee ; elle est moyennée sur 3 ans parce que les petits départements comptent peu de décès chaque année.
  • Les départements sont des moyennes : une association entre départements ne dit rien des personnes, et masque les écarts entre cantons d'un même département.
  • L'APL mesure une offre potentielle de soins, pas le recours effectif ni la qualité des soins ; elle ne couvre pas les spécialistes ni l'hôpital.
  • Composition sociale et accès aux soins sont liés entre eux : la régression répartit leur lien commun avec l'espérance de vie, elle n'établit aucune cause.
  • Les départements d'outre-mer, dont les séries sont plus courtes et les situations très différentes, sont hors du champ.
Méthode détaillée

Espérance de vie à la naissance par sexe et par département (Insee, état civil), 1975-2025, 96 départements de métropole. Dispersion : écart entre le 9e et le 1er décile des départements, chaque année. Rattrapage : corrélation entre le niveau de 1975 et le gain 1975-2019, avant la surmortalité de 2020-2022.

Coupe récente : espérance de vie moyenne 2023-2025 ; part d'ouvriers, de cadres et de sans-diplôme (recensement 2023), niveau de vie médian (Filosofi 2023), densité, APL aux médecins généralistes (2024, moyenne départementale pondérée par la population). Corrélations de Pearson avec intervalles de Fisher ; moindres carrés avec erreurs robustes (HC1), puis effets fixes régionaux (erreurs regroupées par région).

Citer cette analyse

Prisme, « Espérance de vie : ce qui sépare les départements français », 21 octobre 2026, https://www.prisme-donnees.fr/analyses/esperance-de-vie-departements. D'après : Insee, Espérance de vie par département (statistiques de l'état civil) (Licence Ouverte 2.0) ; DREES, diffusion ANCT, Accessibilité potentielle localisée (APL) aux médecins généralistes (Licence Ouverte 2.0) ; Insee, Recensement de la population et Filosofi (Licence Ouverte 2.0).

Questions fréquentes

Dans quel département vit-on le plus longtemps ?

En moyenne sur 2023-2025, les hommes vivent le plus longtemps dans ces départements : Hauts-de-Seine (83,0 ans), Val-de-Marne (82,6 ans) et Yvelines (82,4 ans). Pour les femmes : Hauts-de-Seine (87,4 ans), Rhône (87,2 ans) et Paris (87,0 ans).

Où l'espérance de vie est-elle la plus faible en France métropolitaine ?

Pour les hommes, dans ces départements : Nièvre (77,1 ans), Haute-Marne (77,2 ans) et Pas-de-Calais (77,3 ans), soit 5,8 ans de moins que dans le département en tête. Pour les femmes : Aisne (83,5 ans), Pas-de-Calais (83,5 ans) et Moselle (83,9 ans).

Les déserts médicaux réduisent-ils l'espérance de vie ?

À l'échelle des départements, l'accès aux généralistes n'explique qu'une faible part des écarts (4 %), et son lien avec l'espérance de vie disparaît à composition sociale égale. Les données ne permettent pas pour autant d'exclure un effet plus local ou sur d'autres soins.

L'écart d'espérance de vie entre hommes et femmes se réduit-il ?

Oui : en moyenne des départements, il est passé de 7,8 ans en 1975 à 5,5 ans en 2025.